Forum RaveUp60

Forum RaveUp60
Venez nous rejoindre!
Affichage des articles dont le libellé est H. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est H. Afficher tous les articles

22 déc. 2010

Habits, The

Produit par la trame du Davis Spencer Group, ce combo londonien ne sortit qu'un unique single adulé des mods de l'époque, et comptant dans ses rangs Brian Davidson, futur Attack et The Nice. Fraîchement compilé par une anthologie R&B chaperonnés par un magazine français (JBM), The Habits dégaine une soul pop fraiche au beat impeccable et réjouissant. Pour infos, un single fut tiré en France, avec une pochette unique. Classe non ?

Lou

PERSONNEL :

Brian Davidson (batterie), Brian Simmons (guitare) & unknow

DISCOGRAPHIE :

_ 1966 : I Need You/Elbow Baby (SP Decca F 12348)

LIEN :

Elbow Baby

(Vernon) Haddock's Jubilee Lovelies

Considéré comme l'un des tout premiers mouvements proto hippies de Londres, ce combo à géométrie variable a sorti un unique album en 1965, sorte de jams sessions folk totalement improvisé sur de fumeux mantras. Enfin, tout cela est à mettre entre parenthèses, tant il est difficile de chiner des infos sur cet album. Malheureusement, il ne m'a pas été permis de l'entendre, d'un car aucun exemplaire ne circule sur le net (ce qui en fait un des plus gros collectors de la firme Columbia !), deux car aucune réédition ni aucun esprit malsain (?) n'a vu le jour !

Il semblerait que cet album fut enregistré en une seule prise, lors d'une nuit agitée de l'été 65, par un combo de freaks allumés et totalement baba. On reconnaît ici et là la paternité de cet opus au duo Peter Eden et Geoff Stephens, futurs managers de Donovan, s'il vous plait ! Et on y trouverait trace de Mick Softley et Bob Davenport, tout cela évidemment mis entre parenthèses. Suffisamment intéressant donc pour que l'on s'y penche !

L'opus serait ainsi un condensé de folk improvisé, entremêlant mandoline, swanee whistle (sorte de flûte à piston), banjo, guitare, kazoo, guitare 12 cordes, et toutes autres sortes d'instruments insolites comme la cruche si chère aux potes de Roky Erickson. Le groupe tournera tout l'été 65 en Angleterre, et paraît-il, Vivian Stanshall des mythiques Bonzo Dog Band viendrait prêter main-forte aux délires musicaux du combo. Un mythe, donc, qui n'a toujours pas été élucidé, et finalement c'est rassurant !

Lou

DISCOGRAPHIE :

_ 1965 : Vernon Haddock's Jubilee Lovelies (LP Columbia SX 6011)

Hamilton & The Movement

Combo triturant une pop au beat agréable et foisonnant autour du duo Gary Hamilton – Paul Stewart. Deux singles entre 65 et 67, que les Mods devaient apprécier, parfaits pour danser et apprivoiser les demoiselles sur la piste. Preuve de bon goût, leur première face A, Really Saying Something, est une chouette reprise des Marvelettes remise à la sauce blanche.
Lou DISCOGRAPHIE :
  1. _ 1965 : Really Saying Something/I Won't See You Tonight (SP Polydor BM 56026)
  2. _ 1967 : I'm Not The Marrying Kind/My Love Belongs To You (SP CBS 202573)
LIEN :
  1. Really Saying Something

7 déc. 2010

Happy Magazine

Pour tous les détracteurs de Yes, il est une chose que l'on peut leur reconnaître. Leur habile manière à oublier ce que les membres de ce super groupe progressif ont pu torcher les années auparavant. Steve Howe fut le guitariste des odieusement géniaux Tomorrow, on retrouve Rick Wakeman au sein des Folkeux de Magna Carta, ou Peter Banks chez Blodwyn Pig. De même, Alan White, qui usa de la batterie auprès de Yes à partir de 1972, s'exerça au sein des Happy Magazine, combo pop officiant près de Newcastle.

Oh bien sûr, cela ne suffit pas pour affirmer que Yes est et fut un groupe génialissime, loin de là. Mais on peut leur reconnaître un talent certain en tant que technicien du rock. Alors oui Yes est bien souvent chiant, mais a su torcher quelques-uns des plus beaux morceaux de rock progressif de ce début seventies (je pense insistement à Relayer). Bref, on s'écarte du sujet. Happy Magazine, donc. Formé comme je le mentionnais plus haut par Alan White et Pete Kirtley, le premier ayant fait ses crocs au sein du combo d'Alan Price. Deux 45T sortis chez Polydor en 68 et 69, pop savamment orchestré et déjà rivé sur ces arrangements grandiloquents qui feront la scène progressive. L'ensemble est correct, musicalement ça tient la baraque, malgré le côté un peu vieillot et naïf que la pop anglaise affectionne. Et si je m'en suis pris aux détracteurs de Yes, reste que je trouve ses admirateurs dingues ! Car pour pouvoir écouter ces morceaux, il a fallu que je m'enfile une compilation consacrée aux raretés des musicos de Yes, et foi de Lou, ces gens-là sont complètement timbrés !

Lou

PERSONNEL :

Alan White (batterie), Pete Kirtley (guitare), Alan Marshall (chant), Kenny Craddock (orgue)

DISCOGRAPHIE :

_ 1968 : Satisfied Street/Do Right Woman, Do Right Man (SP Polydor 56233)

_ 1969 : Who Belongs To You/Beautiful Land (SP Polydor 56307)

Hapshash & The Coloured Coat

Issu de la rencontre du duo d’étudiants en art Michael English et Nigel Waymouth, ce collectif de la scène underground anglaise est sans doute plus connu pour son travail sur les affiches de concert en cette fin 60’s que pour sa musique distillée sur deux albums inégaux. Rencontré sur les bancs de l’université, le duo se fait vite repéré par Joe Boyd au lancement du club UFO, scène au combien fantasmatique de l’année 67 au Royaume-Uni. Ils y fondent les bases de l’art pop anglais, où à l’instar de leurs homologues américains, ils bricolent des affiches ésotériques et totalement allumées. Ils travaillent par la suite avec le fanzine OZ, chantre de l’Underground anglais, et deviennent des figures incontournables de la scène psychédélique anglaise. À une époque où l’art pop pétillait dans tous les sens, le duo se met également à la musique, entouré d’un collectif bien mystérieux, puisque jamais mentionné sur les albums. Mais à l’écoute du premier, on imagine bien les conditions d’enregistrements, énormes jams totalement stoned de musicos défoncés.

Ce premier opus, donc, intitulé Hapshash & The Coloured Coat Featuring The Human Host And The Heavy Metal Kids présente une musique délicieusement allumée, où le collectif se lance dans de lancinants et aphrodisiaques délires psychédéliques, hypnotisant l’auditeur par ces ritournelles répétitives, à la manière d’un krautrock bien roots et sans idées directrices. Mais d’une fraicheur encore intacte par tant de spontanéité. Un exemple parfait de la musique stoned qui alimentait la scène underground anglaise en cette fabuleuse année 67. La pochette s’inscrit évidemment dans le trip psyché des affiches bricolées par le duo. Deux ans plus tard, la révolution hippie se tasse, la créativité instinctive également, le collectif sort un second opus bien moins déluré, avec Western Flier.

À l’image de l’unique single que le collectif sortira, le folkeux Colinda, l’opus est un foutoir d’influence qui brasse les genres et s’inscrit dans le concept de « Pop Music ». On y retrouve d’ailleurs Tony McPhee des Groundhogs, ou encore le schizo Ken Kesey à la basse. Les morceaux sont davantage travaillés, posés, chantés, octroyant au disque un côté lyrique envoutant, mais sur la longueur, cette altercation des genres nuit à l’unité de l’album. Qui plus est, le groupe se lance dans des pastiches pop surprenants, comme ce rock&roll pompeux qu’est Big Bo Peep. Un album qu’il faudra donc écouter comme une collection de chansons nostalgiques d’une époque innocente, et non plus comme un disque avant-gardiste désireux de bousculer les normes musicales. La différence entre les deux projets est conséquente, et notre choix est fait.

Lou

PERSONNEL :

Michael English, Guy Stevens, Nigel Weymouth + Freddie Ballerini (violon), Michael Mayhew (guitare), Andy Reton (batterie), Eddie Tripp (basse) mentionné sur le second album.

DISCOGRAPHIE:

ALBUMS :

_ 1967 : Featuring The Human Host And The Heavy Metal Kids (Label Minit MLS 40001E)

_ 1969 : Western Flier (Label Liberty LBS 83212R)

SINGLE :

_ 1969 : Colinda/The Wall (Label Liberty LBF 15188)

LIEN :

Empires Of The Sun

2 déc. 2010

Hard Meat

Amusant de voir à quel point certains groupes de rock sont complètement zappés de l’histoire du rock alors que d’autres emplissent des pages internet de bouffonneries et autres ragots qui ne dépareilleraient pas dans des torchons tel que Voici. Hard Meat, c’est deux albums, sortis la même année, cruciaux dans l’optique du projet Rave Up, 1970. Deux opus d’excellente facture, riches, variés, techniquement remarquables, sans faute de goût.

A l’origine du projet, deux frangins, les frères Dolan, l’un à la basse l’autre à la gratte, dans la grisâtre d’un Birmingham bien triste. Ils font la rencontre de Mick Charless à la batterie, avec lequel l’idée d’un trio à la Cream murit dans leurs esprits. Après quelques gigs dans des pubs fumeux, le combo est repéré par l’équipe de Chris Blackwell, qui les signe en 69. De cette collaboration nait un premier single, seule trace discographique du groupe sur Island. Rain/Burning Up Years ne casse pas des baraques, la pastiche Beatlesienne est d’ailleurs bien pâlichonne face à l’original, c’est tout dire. Que nenni, le trio s’évertue à donner de l’ampleur à leurs idées musicales progressives. Et change de crèmerie à l’orée de l’an 1970. Ils signent ainsi chez Warner, en quatrième division, ce qui leur laisse les mains libres pour bricoler un premier album.

Dès le premier morceau, Hard Meat accroche l’auditeur par ses envolées lyriques, sa maitrise technique et sa base rythmique efficace et omniprésente. L’opus s’inscrit indéniablement dans une veine progressive, mais cherche également du côté de l’immédiateté du hard rock, ou de la douceur du folk, sans s’engoncer dans les prouesses mégalomanes de l’archétype du musicien progressif. Point de délires abrupts de divagation narcissique, mais une cohésion dans le jeu qui laisse la place à un emboitement des atmosphères et une liberté d’improvisation pour chacun des musicos.

À la sortie de l’album, le trio dispose d’encore assez de matos pour travailler sur un second opus, qu’ils engendront dans les mois à venir avec le superbe Through A Window. Le groupe y triture des atmosphères complexes, fumeuses et dérivent vers l’acid rock le temps d'On the Road, titre d'ouverture assez fantastique. Comme le précédent, la diversité des plans harmoniques s’imbrique à la perfection, distillant de chouettes balades laconiques ou mélancoliques, avant de déchirer l’horizon via une déflagration électrique que le combo maîtrise admirablement bien. À la sortie, une notable indifférence du milieu musical, et une séparation dans la foulée. On retrouvera Steve Dolan quelques temps plus tard auprès de Pete Sinfield. À redécouvrir d’urgence !

Lou

PERSONNEL :

Michael Dolan (guitare, chant), Steve Dolan (basse, chant) et Mick Charless (batterie)

DISCOGRAPHIE :

ALBUMS :

_ 1970 : Hard Meat (Label Warner Bros WS 1852)

_ 1970 : Through A Window (Label Warner Bros WS 1879)

SINGLES :

_ 1969 : Rain/Burning Up Years (Label Island WIP 6066)

_ 1970 : Ballad Of Marmalade, Emma And Ted/Yesterday, Today, Tomorrow (Label Warner Bros WB 8010)

LIEN :

On The Road

Harlem Speakeasy

Combo à la carrière fulgurante, dans le comté de Portsmouth, auteur d’un unique single dans une veine Pop / Soul / Jazz. Le groupe ne comptera pas moins de 8 membres, pour la plupart rencontré sur les bancs de l’université, constituant une section de cuivres assez démente. Malheureusement, la face A est anecdotique, alors que la face B, Sights Of Pegasus, plus épuré, dominé par l’orgue en filigrane est une chouette ritournelle Mods. Un second SP devait voir le jour, mais Polydor entérina le projet rapidement.

Lou

PERSONNEL :

John Edwards (chant), Keith Shilcock (guitare), Geoff Gunson (basse), John Lytle (orgue), Dave Allen (saxophone), Sam eddings (batterie), Pete Gurd (trompette), Phil Jones (Sax)

DISCOGRAPHIE :

_ 1968 : Aretha/Sights Of Pegasus (SP Polydor BM 56270)

LIEN :

Sights Of Pegasus

Harmony Grass

Formé dans la province d’Essex, ce combo connaîtra un succès aussi rapide qu’éphémère. Issue en grande majorité du line up de Tony Rivers&The Castaways, le groupe signe avec son premier simple Move In A Little Closer Baby une entrée fracassante dans le top 30 des charts anglais, puis après une poignée de single, sort un premier, et unique album sur RCA. Échec total totalement compréhensible. Souvent taxé de psychedelic pop, on se retrouve confronté en faite à une pop clinquante et sur arrangée. Si le travail sur les harmonies vocales est intéressant, et que le combo sait trousser de chouettes mélodies, l’abus d’arrangement et l’utilisation d’une section de cuivres pétaradante ont le don d’exaspérer l’auditeur qui lâche très vite son attention, ses mains se baladant vers le rayon Pink Fairies histoire d’y retrouver un peu de sueur salvatrice.

Lou

PERSONNEL :

Tom Marshall (guitare, piano, chant), Tony Rivers (chant), Tony Ferguson (guitare, chant), Ray Brown (basse), Kenny Rowe (basse), Bill Castle (batterie, chant)

DISCOGRAPHIE :

ALBUM :

_ 1969 : This Is Us (Label RCA SF 8034)

SINGLES :

_ 1968 : Move In A Little Closer Baby/Happiness Is Toy Shaped (Label RCA RCA 1772)

_ 1969 : First Time Loving/What A Groovy Day (Label RCA RCA 1828)

_ 1969 : I Remember/Summer Dreaming (Label RCA RCA 1885)

_ 1970 : Cecilia/Mrs. Richie (Label RCA RCA 1932)

_ 1970 : Stand On Your Own Two Feet/Sing On The Sunshine (Label RCA RCA 2011)

LIEN :

Move In A Little Closer

Harper Jesse

Comment ça, Jessie Harper est Néo Zélandais ? Et alors ? Pour ce qui nous intéresse (son seul et unique album solo), il était basé en Angleterre. Là où sa trajectoire croise celle des ses congénères de Human Instinct, également venu chercher fortune en Albion. Donc, ça nous suffit amplement pour parler du gars, d'autant que je suis archi fan de son disque. Et il s'appelle en réalité Doug Jerebine.

C'est compliqué ?

Attendez la suite. Donc, notre homme Jessie débarque à Londres en 1969 pour tâter le terrain, enregistre quelques démos, et disparaît du paysage, jusqu'en 1994. Date bénie ou un acétate de l'album en question en retrouvé, et publié sans aucune autorisation. La chose (un seul exemplaire connu dans la galaxie) est depuis dans une collection privée, au Japon. Pour vous éviter de rêver trop fort. Dans sa pochette originale façon peau de serpent, conçue par John Du Cann d'Andromeda. Parce que j'ai oublié de vous dire, Harper/Jerebine leur servait de second guitariste. Vu le niveau de chacun, il est permis de pleurer à chaudes larmes sur ces occasions manquées. Et la musique dans tout ça ? Un quasi-sans-faute, si on excepte le dernier morceau et sa structure fracturée, à peine digne d'une face b de Status Quo.

Mais alors le reste....Pour vous situer, le canardage d'ouverture s'appelle Réveille Moi. Et rarement morceau a aussi bien porté. Monstrueux riff, avec autant d'écailles et de graisse qu'un dragon, crachant le feu aussi loin. Du coup, la suite en paraitrait un peu terne

Quelque part entre Cry Of L ove et Kaptain Kopter. Long exercice électrique de classe supérieure, couleur bleue pourpre. Guitare maitrisée à l'extrême sur tempo moyen crémeux, façon Robin Trower pour vous situer le bestiau. Mais bien meilleur compositeur, avec une superbe façon de faire souffler de l'air frais prés du haut fourneau. La rythmique, un peu noyée dans le mix, ponctue de loin, et donne l'impression de marcher sur un terrain instable, balisé de rêves brisés. Ce qui nous donne un blues psychédélique de première bourre, avec recherche sonore permanente. Et cordes de guitares auto éclairantes, dés que le maitre pose ses doigts dessus. Notons qu'il chante bien, et qu'il a aussi fait la basse et la batterie tout seul. Quant aux rumeurs comme quoi Jimi lui-même (rien que ça) aurait proposé de monter un groupe, ce sont de pures conneries. Surement inventées pour donner un peu d'ampleur à la sortie de la réédition. Qui est très bien distribuée et fort accessible, merci pour elle.

Sa carrière musicale n'allant nulle part, Harper a par la suite rejoint sa terre natale, et est devenu Krishna. Histoire triste d'un talent colossal perdu corps et bien.

Laurent

DISCOGRAPHIE :

_ 1994 : Absolution In The Shade Of The Midnigt Sun (Label Kissing Spell KS 9203.)

LIEN :

Keep Cool

Harper Roy

Drôle de pistolet Roy Harper. Trop mercuriel pour toucher le grand public, mais présent dans la plupart des discothèques. Souvenez vous de Wish You Were Here, le Floyd en pleine débâcle émotionnelle. Dans toute cette crème trop fraiche, un morceau claquait comme une porte sur les doigts d'un représentant en tracteurs forestiers. Have A Cigar imposait brutalement une couleur cinglante, avec les vocaux acerbes qui amplifiaient le texte. Au micro Roy Harper, rien moins. Le Monsieur (réputé ingérable et moitié maboule) a comme ça, à défaut d'un compte en banque bien garni, un carnet d'adresses imparable. Au hasard des disques on a vu défiler, excusez du peu, David Gilmour, John Paul Jones, Chris Spedding ou Jimmy Page. Ce dernier a même enregistré (en 1985) un chouette album entier avec Harper. Et Led Zep lui a dédié un morceau, sur le troisième album. Pas un rigolo de troisième zone, donc. Redoutable spécialiste du LONG morceau à tiroirs en plus. Tendance encore absente de son très beau premier album solo. Guitare acoustique complexe tout du long, folk rageur ou nostalgique, facilité mélodique où résonne la lointaine influence de Dylan. Tout ceci est digne du meilleur Neil Young ou Nick Drake, pour les jours de pluie interne. Le tout premier morceau étant suffisamment ravagé pour qu'on accroche de suite.

On veut savoir qui est ce type hagard, qui chevauche sa guitare, dont il a bousillé les cordes. À l'image même de la pochette. Difficile d'imaginer avoir ingéré tout ceci en plein été des fleurs acides, tant le ton solennel et la retenue incitent à l'introspection façon Léonard Cohen. Jamais entendu le second album, mais sur le troisième, les choses se menacent de se gâter gravement. Début bien poussif et aseptisé, standard Dylan quand il décide de saboter un de ses disques. Ça se traine sans but pendant quatre morceaux, et on est en train de rendre son tablier quand le superbe One For All déboule, en grillant un feu rouge. Gammes entrecroisées modèle Page inspiré et sublime, structure éclatée à l'infini, se contrefoutant des règles de l'harmonie. Pierre philosophale sortie d'un esprit à l'alchimie tortueuse. Le travail de guitare est énorme, jamais tourné vers la démonstration, en dépit d'un minimum de vocaux. Et c'est pourquoi l'enchainement avec une parodie de Syd Barrett fait mal aux dents. Mais qui est ce zébulon, capable du meilleur comme du pire, sans bouger un sourcil ? L'avant-dernier morceau, presque vingt minutes, peut logiquement faire peur. Mc Goohan Blues (référence au bien gonflant Prisonnier) embrouille les pistes à souhait. À noter que le message anti aliénation, thème central de The Wall bien plus tard, est déjà la. Pour échapper à l'armée, Harper avait feint la folie, et fait un séjour en psychiatrie. Il est permis de supposer que cette expérience l'a marqué en profondeur. Comme n'importe qui ayant approché, de prés ou de loin, l'univers de la santé mentale. Les murs blancs, les pilules, les journées en coton, tout ce qui tue plus que la mort. En tout cas, il mène superbement son affaire pendant dix minutes, puis il déroule à l'infini de notre ennui, encore. Avant de retomber dans ses mauvais travers, et de tout réduire à néant en concluant avec une sorte de chanson à boire, tout à fait mal venue. À ce stade, le cerveau de l'auditeur chauffe sérieusement, malmené qu'il est par tant d'embardées.

Et quoique qu'il arrive, on est déjà dans son disque de 1970, à essayer de comprendre les paroles de I Hate The White Man, son réquisitoire anti grande race, son holocauste servi à la gueule des viandes blanches. Ami de tous les opprimés, de ceux qui ont la malchance d'être de la mauvaise couleur, Roy Harper crache dans la soupe de la bonne société, ligotant dos à dos la gauche et la droite. Renvoyant les chanteurs de folk en général, et les donneurs de leçon en particulier, pointer à leur cour d'expression théâtrale. Avec un bon coup de pied au cul, en prime. Et c'est uniquement le début d'un disque éclatant de beauté. Si l'ambroisie (nectar des Dieux) existe, elle doit avoir exactement ce goût. Long moment de recueillement acoustique, pénétrant et habité. Et bien sûr, le dernier morceau (avec les Nice comme accompagnateurs) parle des Hell's Angels, sur fond d'électricité saturée. Grincements de dents assurés chez les folkeux pur jus. D'autant que sur la fin, on entend Harper se bidonner comme douze baleines. Tout ceci n'est qu'une esquisse, incapable de refléter la somme de curiosité et d'intensité distillée par ce curieux client. Attention au faux confort d'écoute, tout ici dissimule lames de rasoirs et autres gadgets dangereux. À pratiquer intensément pour bien saisir toutes les nuances.

Laurent

DISCOGRAPHIE :

Albums :

_ 1967 : The Sophisticated Beggar (Label Strike JHL 105).

_ 1967 : Come Out Fighting Gengis Smith (Label CBS SBPG 63184 ).

_ 1969 : Folkjokeopus (Label Liberty LBS 83231 ).

_ 1970 : Flat Baroque And Bersek (Label Harvest SHVL 766).

Singles :

_ 1967 : Midspring Dithering/Zengem (Label CBS 203001)

_ 1968 : Life Goes On/Nobody Got Any Money In The Summer (Label CBS 3371).

_ 1969 : Take Me In Your Eyes/Pretty Baby (Label Strike JH 304).

LIEN :

Francesca Davey

One For All

25 nov. 2010

Harrison Georges

C’est en pleine déconfiture beatlesienne, à la sortie d’un Abbey Road malsain quoique génial, que le plus discret des scarabées sortie ses deux albums solo les plus créatifs et déjantés d’une discographie qui le verra arpentait les sentiers de l’hindouisme le plus génial et le plus médiocre, vestige de la philosophie sectariste du Hare Krishna qui émergea à la fin des sixties.

Dans notre subjectivité la plus totale, on écartera l’opportuniste Mc Cartney et le gauchiste mal torché Lennon, sans parler du jet setters à deux balles que fut Ringo Starr. Pour reconnaître un diamant brut en la personne de Georges Harrison. Sans conteste le plus réservé des Beatles, celui qui a eu du mal à supporter ces hordes de groupies et le star-système envahissant. Mais aussi à mon goût le plus créatif et le meilleur musicien des Beatles en solo.

C’est en décembre 68, en marge d’Abbey Road, que Georges Harrison est sollicité pour écrire la bande-son d’un film pop, Wonderwall. Dirigé par le réalisateur Joe Massot, les tractations sont au départ difficiles, mais quand ce dernier promet à Georges de lui laisser la totale maitrise de ce qu’il veut faire, Harrison saute sur l’occasion pour faire enfin entendre son talent de compositeur, trop souvent écarté par la main mise du duo McCartney/Lennon. Il s’entoure de nombreux amis musiciens, dont Éric Clapton et Peter Tork (banjo). Les premières séances se passent dans les coulisses du studio Abbey Road, mais l’album prendra sa vraie couleur dans l’antre d’Emi, où Harrison s’entoure d’excellents musicos indiens jouant du sitar et du tabla.

Wondewall Music sort début 69, et le résultat est grandiose, et pourtant ignoré par la critique qui préférera se branler quelques années plus tard sur les navets pop de Mc Cartney. Incroyable tant la richesse des harmonies et des mélodies laisse supposer le gâchis des années Beatlesiennes. Wonderwall Music est une œuvre à part entière, savante pop qui s’amourache admirablement au folk hindou, delirium de mantra ésotérique et de richesse des arrangements.

Parenthèse fermée, Abbey Road sort dans les bacs, le carton est assuré, et Georges déprime de plus en plus. Entre temps, Zapple Records, la boite de production « avant-gardiste » d’Apple commence à voir le jour, et doit être l’occasion pour les Beatles de prendre un peu d’air via des projets solos. Harrison se saisit de l’occasion et sort en Mai 69 un opus complètement timbré, dominé avant tout par le Moog qu’il utilise à outrance le long de deux longues pièces franchement inécoutables. Si le côté explorateur de nouveaux sons est à mettre à son crédit, Electronic Sound me fait penser au suicide commercial de Metal Music Machine de Lou Reed, en moins déjanté. Enregistré aux States, le disque fait évidemment un bide, mais remis dans son contexte, ce disque est une première et s’inscrit dans les travaux de la musique concrète.

Fin 70, les Beatles ne sont plus, Georges est littéralement cramé par la philosophie Hare Krishna. Seule sortie de secours, l’enregistrement d’un disque. Ou plutôt trois, quand sort le fameux triple album All Things Must Pass. Projet totalement prétentieux ? Ce n’est pas connaître Harrison, qui y met tout son cœur et toute sa créativité pour peut-être le meilleur triple album de la pop music. Toute cette chronique étant d’une totale subjectivité, elle ne saurait être prise pour argent comptant. Cordialement…

Lou

DISCOGRAPHIE :

ALBUMS :

- 1968 : Wondewall Music (Label Apple (S) APCOR 1)

- 1969 : Electronic Sound (Label Zapple ZAPPLE 02)

LIEN :

Dream Scene

Harris Richard

Il faudrait interdire à tous les acteurs de se lancer dans la musique ! Belle accroche, mais tellement véridique dans le cas de Richard Harris. Celui qui interpréta le Roi Arthur dans la comédie musicale Camelot faisant les beaux jours de Broadway, avant de succomber aux infâmes et inertes Harry Potter de ces dix dernières années, s’est lancé en transversale dans une carrière musicale ponctuée d’une poignée de singles et de deux albums tout aussi pompeux que mirifiquement chiant. Bande sonore de n’importe quels nanars hollywoodiens, inondés d’arrangements grandiloquents et sucrés à vous donner la gerbe, Richard Harris est l’archétype d’une pop mollassonne, liquéfiée par de pauvres plans mélodiques qui n’en finissent plus de vous écœurer. Bref, on passe.

Lou

DISCOGRAPHIE :

ALBUMS :

_ 1968 : A Tramp Shining (Label RCA Victor RD/SF 7947)

_ 1969 : The Yard Went On Forever (Label Stateside (S)SL 5001)

SINGLES :

_ 1968 : MacArthur Park/Paper Chase (Label RCA RCA 1699)

_ 1968 : In The Final Hours/Didn't We (Label RCA RCA 1733)

_ 1968 : How To Handle A Woman/I Wonder What The King Is Doing (Label Warner Bros 7215)

_ 1968 : The Yard Went On Forever/Lucky Me (Label Stateside SS 8001)

_ 1969 : The Hive/That's The Way It Was (Label Stateside SS 8007)

_ 1969 : One Of The Nicer Things/Watermark (Label Stateside SS 8016)

_ 1969 : Fill The World With Love/What A Lot Of Flowers (Label Stateside SS 8032)

_ 1970 : Ballad Of A Man Called Horse/Morning Of The Mourning For Another (Label Stateside SS 8054)

LIEN :

Mac Arthur Park

22 nov. 2010

Harsh Reality

Voilà le genre de mission que j’aime. Pas à patiner dans la biographie pour meubler, de Harsh Reality on ne sait quasiment rien. Ils étaient gallois parait-il, ont sorti un superbe album en 1969, et adieu. Vous rendez votre badge, et vous sortez la tête basse. C’est une entreprise ici, pas une maison de charité. Avec une pochette aussi moche (qui tromperait jusqu’à un fan de Slayer) et sordide, rien d’étonnant. On demanderait bien la peau du crétin qui a, si honteusement, paré cette petite merveille. Avant de s’apercevoir que, même doté d’un goût atroce, il avait tout compris. Le paradis et l’enfer, certes, mais avec de la classe. Forte influence de Procol Harum, parait-il. La voix du chanteur peut-être. Pour le reste, j’entendrais plutôt une forme de blues progressif. Mauvais calcul, répond la petite voix. À l’époque le genre était squatté, Blue Horizon ou John Mayall. Du douze mesures sinon rien.

Donc, un ensemble particulièrement bien structuré, costaud sur lui, aux muscles longs et nerveux. L’orgue et la guitare montent en ligne avec constance, font leur boulot, et repartent servir la cause commune. Pas de jaloux, pas de solos à rallonge, la tension monte. Un peu comme chez Steppenwolf, mais avec de bien meilleurs morceaux. Le paysage s’est doucement coloré en noir, vous voyez chaque articulation du disque blanchir, sous l’effort nerveux. Notez aussi la perfection des parties vocales, la diction lasse du chanteur. Meilleur morceau, leur version du Tobacco Ash Sunday d’un tout jeune Terry Stamp (futur grande gueule de Third World War). L’ambiance lourde et douloureuse, votre tronche dans un étau…On ne bouge pas, c’est la règle. Grande chanson des illusions perdues, qui s’envolent dans une énième clope. Comme vos rêves se brisent sur le mur de la vie monochrome. Opaque, gluante, au mieux grise. Spirale qui prépare à une seule chose, sortir les pieds devant. Notons encore deux ou trois embardées far out, et quelques guitares en provenance directe de More. Avant de laisser le destin rendre son verdict, sur le quai de la gare. Votre nom est accepté dans la grande plaque de marbre de l’Histoire. Il sera néanmoins gravé en tout-petit, vous avez perdu, mais avec les honneurs.

Laurent

  1. PERSONNEL :

Mark Griffiths (guitare), Carl Barnwell (guitare), Cliff Jenkins (guitare), Stepehn Miller (claviers), Roger Swallow (batterie)

  1. DISCOGRAPHIE :
  2. ALBUM:

_ 1969 : Heaven And Hell (Label Philips (S)BL 7891)

  1. SINGLEs:

_ 1968 : Tobacco Ash Sunday/How Do You Feel (Label Philips PB 1710)

_ 1969 : Heaven And Hell/Praying For Reprieve (Label Philips PB 1769)

LIEN :

How Does It feel

Hart Mike

Fondateur des mythiques Roadrunners, avant de rejoindre le cercle des poètes (disparus ?) des The Liverpool Scène, Mike Hart sortira un unique opus solo à la fin des années 60, le très dylanien Mike Hart Bleeds, produit par John Peel sur le label Dandelion. Un album empreint d’une certaine innocence, sur des arrangements épurés qui donnent un côté acoustique fort agréable. On navigue entre chansons ironiques et engagées, sur des atmosphères mélancoliques furtives, affectant à l’opus ce petit versant instantané qui vous rend subliminal l’instant présent. Cette délicatesse se retrouve dans le timbre de Mike Hart, légèrement cassé par un monde qui s’écroule autour de lui, mais dont il porte encore et toujours l’espoir. Un poète déglingué, ravagé par l’alcool, dont sa seule poésie constitue l’échappatoire de ces sombres et tristes soirées d’automne. Mike Hart sortira un second disque à l’orée des seventies, en 72, avant de reconstituer temporairement The Liverpool scène, et disparaître dans l’indifférence générale. Ne reste donc que ce Mike Hart Bleeds suspendu dans l’espace-temps, et qu’il est fortement conseillé de se délecter avec un bon bourbon à la main.

Lou

DISCOGRAPHIE :

ALBUM:

_ 1969 : Mike Hart Bleeds (Label Dandelion 63756)

SINGLE :

_ 1970 : Yawney Morning Song/Almost Liverpool 8 (Label Dandelion S 4781)

LIEN :

Almost Liverpool 8

16 nov. 2010

Hartley (Keef Hartley Band)

Keef Hartley est sans conteste une légende du blues rock anglais, de ceux qui ont cravaché pour le revival blues au milieu des 60’s, avant d’en défricher les contours d’une musique originale, puisant dans les possibilités du progressif pour faire vivre son art. Sa carrière est parsemée d’embuches, comme celle du blues band de john Mayall, dont il se fera virer, mais également d’illustre remplacement comme celui de Ringo Starr au sein des Hurricanes de Rory Storm, ou sa participation aux magnifiques Artwoods, aux mods des Apolistic Intervention, jouant même le bœuf avec Zoot Money !

Mais sa carrière débute réellement via la main ferme de John Mayall, le troubadour du blues anglais. C’est à ses côtés qu’il y apprend les rudiments du genre, une discipline de fer qu’il aura d’ailleurs du mal à assumer. Il parcourt ce qui reste les meilleures années à mon sens du band de Mayall, la période 67/68. Avant de se faire remplacer par John Hiseman comme un malpropre. Rancœur qu’il gardera jusqu’à son formidable premier album Halfbreed, qui débute et termine par une conversation téléphonique enregistrée dans laquelle Mayall lui signifie son licenciement.

Halfbreed sort donc en 69, et Keef fait jouer ses relations glanées lors de bœuf gargantuesque afin de constituer un band conséquent et qualifié. Le résultat en est une synthèse parfaitement assimilée du blues rock originel et des technicités modernes et progressives de la pop. Miller Anderson à la gratte y est phénoménale, torchant des solos de guitare dantesque sur des arrangements explosifs, autour d’une section de cuivre au swing impeccable. Wynder K.Frog vient également prêter main-forte à l’orgue, donnant une coloration accomplie à l’ensemble de l’orchestre.

Halfbreed est d’ailleurs consacré quelques mois plus tard au festival de Woodstock, où il recevra une acclamation digne du combo. La richesse du band leur permet d’enregistrer un second album dans la foulée, le mitigé Battle Of North West Six. Si l’opus garde ses chouettes moments de blues rock, il creuse également les contours de la nouvelle direction pris par le Keef Hartley Band, s’immisçant dans une pop music clinquante à la Blood Sweat & Tears. Ce que viendra confirmer le troisième album, The Time Is Near, sans aucun doute le disque le plus accompli musicalement par le groupe.

Techniquement, The Time Is Near frôle la perfection, arrangements splendides sur une pop bluesy et progressives qui fait une chouette part à l’improvisation jazzy. Le combo joue à la merveille, la démocratie au sein de l’équipe est évidente vu la complémentarité dont ils font preuve, ce qui met la galette dans le haut de ce que la pop music a pu réaliser à cette époque, à savoir un savant mélange des genres ouvrant des horizons aussi divers qu’infinis. Le combo perdura jusqu’en 74, auréolé de plusieurs tournées américaines, jouant en compagnie des Chicago et autres BST, affichant de belles ventes mercantiles, avant de se liquéfier comme bien d’autres au milieu des 70s.

Lou

PERSONNEL :

Keef Hartley (batterie), Miller Anderson (guitare, chant), Gary Thain (basse), Peter Dines (orgue), Spit James (guitare), Wynder K. Frog (orgue), Henry Lowther (trompette, violon), Jimmy Jewell (saxophone), Johnny Almond (flute), Jon Hiseman (batterie)

DISCOGRAPHIE:

ALBUMS :

_ 1969 : Halfbreed (Label Deram SML 1037)

_ 1970 : Battle Of North West Six (Label Deram SML 1054)

_ 1970 : The Time Is Near (Label Deram SML 1071)

SINGLES :

_ 1969 : Leave It 'Til Morning/Just To Cry (Label Deram DM 250)

_ 1969 : Waiting Around/Not Foolish, Not Wise (Label Deram DM 273)

_ 1970 : Roundabout/Roundabout (Label Deram DM 316)

LIEN :

Leavin' Trunck